La nostalgie aidant, il arrive parfois que des souvenirs profonds et intimement lies a l'Amstrad CPC finissent par refaire surface.

Je livre ici toutes ces anecdotes personnelles qui sont autant de petites tranches de vie attachees au CPC. 
TOP 20 Amstrad CPC


SKATEBALL


A une epoque ou le celebre Discology reussissait la prouesse de democratiser le bidouillage sur Amstrad CPC, j’avais pour habitude d’explorer en profondeur le contenu de mes disquettes. Passant minutieusement en revue chaque octet de chaque secteur de chaque piste grace au puissant editeur de l’utilitaire, je traquais dans une jungle de codes informatique, la moindre chaine de caracteres alphanumeriques intelligible ou susceptible de presenter un quelconque interet.

Cette pratique, lorsqu’elle ne me servait pas a traduire un jeu, me permettais parfois de denicher les commentaires dissimules par les programmeurs dans leur soft.

Un beau jour, alors que je parcourais nonchalamment les pistes de la disquette de Skate Ball, mon attention fut attiree par 4 lettres formant le mot TIXY. Sans grande conviction, j’executais le jeu et appuyais simultanement sur les 4 touches du clavier correspondantes, ce qui eu pour consequence de declencher le cheat-mode ! J’avoue qu’a cet instant j’etais plutot fier de ma trouvaille car aucun magazine n’avait encore publie cette astuce dans ses pages. Ce n’est qu’une vingtaine d’annees plus tard, Internet aidant, que je decouvrais enfin son origine et sa legitimite : TIXY the witch etait en fait le pseudonyme que s’etait donne le programmeur du jeu, Jon Menzies.

 

LES DEFIS DE TAITO


Je me souviendrais toujours de cette veille de Noel 1988 qui m’a fait vivre l’un des instants les plus magiques de ma vie de gamer.

A cette epoque, je surveillais avec une impatience non dissimulee la sortie de Target Renegade. Il faut dire que le premier opus m’avait deja tenu en haleine de longues heures durant devant mon Amstrad CPC. Pour Noël, j’avais donc demande a mes parents de m’offrir la compilation Les Defis de TAITO qui, en plus de contenir le fameux Beat’em up, avait l’avantage de renfermer 5 autres grands succes de l’arcade.

Si mon excitation grandissait a mesure que les fetes de fin d’annee s’approchaient, le facteur ne se s’etait cependant toujours pas manifeste a la porte... Ma mere, qui avait passe commande chez La Redoute commencait a s’inquieter.

Vint alors le matin du 24 decembre, date a laquelle nous avions pour coutume de rassembler la famille pour s’echanger nos presents un autour d’un bon repas. Resigne, je quittais ma chambre en direction du salon, lutant pour ne pas montrer ma deception, lorsque, tout a coup, une sonnette retenti : a 10h precise, un commis en uniforme me livrait mon paquet ! Parfois, la magie de Noel opere...
 

LE MANOIR DE MORTVIELLE


 Les modestes capacites sonores de mon Amstrad CPC6128 faisaient pale figure a cote des somptueuses melodies que distillait l’Amiga. Mais a l’epoque, meme si j’economisais secretement pour m’offrir un jour le monstre 16 bits de Commodore, je dois avouer que je m’accommodais assez bien des musiques quelque peu nasillardes de ma vaillante petite machine 8 bit.

Un jour pourtant, sur les conseils d’un ami, je decidais de relier mon Amstrad a un ampli et une paire de haut-parleurs puissants, histoire de voir, ou plutot d’ecouter, ce dont etait reellement capable sa puce sonore.

Sans grande conviction, je lancais Le Manoir de Mortvielle et montais le volume de quelques decibels. Quelle ne fut pas ma surprise a l’ecoute de la musique d’introduction du celebre jeu d’aventure : des sons insoupconnes, jusqu’alors inaudibles, parvenaient desormais tres distinctement a mes tympans ! Et quels sons mes amis ! J’entendais a present tres clairement la voix d’un chanteur a une frequence si basse que le petit buzzer de l’Amstrad n’etait jamais parvenu a la restituer.

Autant dire que j’ai passe le restant de la journee a passer en revue toutes mes disquettes afin de redecouvrir les musiques des jeux qu’elles contenaient.



 




DWARF


Dwarf sur Amstrad CPC etait un jeu qui me rendait malade, mais au sens propre du terme.

Nausees, maux de tete, etourdissements et ecoeurement : les symptomes etaient systematiques des les premieres minutes de jeu, ce qui fait que je n’ai jamais ete tres loin dans l’aventure.

Pourtant absolument rien ne justifiait cette reaction...

Le plus etrange, c’est que pousse par la curiosite 25 ans plus tard, j’ai ressenti comme un profond mal-etre en le relancant sous emulation.

Reflexe conditionne, reelle interaction ou ensorcellement... le fait est que le phenomene demeure toujours inexplicable !
 

TURBO CUP


Ce jour-la, j’avais quitte la maison d’Olivier avec un sacre paquet de disquettes 3 pouces gorgees de jeux fraichement copies sous le bras. Discology avait rythme nos petits mefaits de pirates en herbe durant une bonne partie de l’apres-midi et il me tardait a present d’essayer chaque jeu sur mon Amstrad CPC.

J’en etais d’ailleurs tout excite a l’idee pendant que je m’installais devant le clavier, jusqu’a ce que j’insere la disquette de Turbo Cup dans mon lecteur... A peine s’etaient charges les premiers octets du programme, que l’image d’un policier pointant un doigt inquisiteur dans ma direction et hurlant « Hey ! You ! You’re under arrest !! », s’affichait brutalement a l’ecran !

L’efficace protection de Loriciels s’etait jouee du celebre logiciel de copie, effrayant par la meme occasion l’enfant candide que j’etais alors. Par crainte de ne voir debarquer les gendarmes a ma porte, j’eteignais precipitamment ma machine et eclipsais a la hate le fruit de mon delit dans le tiroir de la commode. Bon, l’inflexibilite des scrupules etant ce qu’elle est chez l’etre humain, je rallumais le CPC dans le quart d’heure qui suivait pour tenter de bidouiller la disquette recalcitrante.



 

MANDRAGORE


La toute premiere image de presentation qui m’ait a jamais marque est sans conteste celle de Mandragore sur Thomson MO5.

Ce jour-la, Yanne, mon ami d’enfance, etait venu me rendre visite avec son nouveau micro sous le bras. Et pour moi qui n’avait alors qu’un petit VG5000 peinant a afficher le moindre sprite, une telle image en 5 couleurs affichee de maniere aussi fine relevait du veritable prodige !

Plus tard, lorsque j’ai eu mon Amstrad, j’ai remue ciel et terre afin de me procurer la version CPC du jeu et pouvoir a nouveau contempler ce magnifique ecran. Mais la technologie avait entre-temps evolue et la composition qui m’avait emerveille quelques annees plus tot me paraissait a present bien desuete au regard des capacites de ma nouvelle machine.

Pour conserver toute leur magie, certains souvenirs gagneraient a ne jamais quitter leur etat.
 

K7 DE DRAGUE

Lorsque j’etais au college, il y avait cette fille, Isabelle, que je ne savais pas comment aborder...

Un jour, j’apprends par hasard qu’elle a un Amstrad CPC464 ! Afin de lui etre agreable et gagner ses faveurs, je decidais alors de lui offrir une K7 de 60 minutes remplie de jeux que j’avais soigneusement selectionnes. L’initiative fut couronnee de succes puisque j’eveillais ainsi l’interet de la belle qui me remerciait par son plus beau sourire. Encourage par sa reaction, je reiterais l’operation durant plusieurs mois, en prenant toujours garde de choisir uniquement des jeux susceptibles d’amuser le joli petit brin de fille. L’exercice etait long et fastidieux mais il en valait largement la peine ! Ainsi depuis mon CPC6128 je passais des heures a tester et privilegier les versions 64 Ko que je transferais ensuite sur bande magnetique.

Une demi-douzaine de K7 plus tard, tandis que je m’appretais enfin a lui declarer ma flamme, elle me revelait nonchalamment et avec un certain detachement que son petit frere de 5 ans me remerciait beaucoup pour tous ces supers jeux que je lui donnais regulierement car elle, le jeu video, ca ne l'interessait vraiment pas... Fail...
 
AMSTRAD CPC6128


Malgre le froid de canard qui figeait les rues de Saint-Etienne, des gouttent de sueur perlaient sur mon front rougit par la temperature.

Les fetes de fin d’annee approchaient et j’etais malade comme un chien. Mais aucun mal n’aurait pu assombrir le ciel de cette journee car j’avais prevu de passer chez le revendeur informatique tot le matin afin de faire l’acquisition de l’Amstrad CPC6128 couleur que je convoitais depuis si longtemps. Et rien, ni personne, ne pourrait m’en empecher, pas meme cette satanee grippe qui me terrassait !

Toutefois, mes parents m’avaient suggere, non sans insistance, de consulter d’abord le medecin. Resigne, je me dirigeais donc vers son cabinet avec l’ardent espoir que la visite ne s’eternise pas. Il etait aux alentours de 9h30 lorsque je pu enfin reprendre la route qui menait vers la petite echoppe.

En entrant dans le magasin, je croisais le sourire beat d’un jeune garcon qui tenait entre ses mains l’imposant carton d’un CPC flambant neuf que son pere venait de lui offrir. Ce sourire, j’etais convaincu de l’arborer a mon tour dans quelques minutes... jusqu’a ce que la sentence tombe comme un couperet : Rupture de stock dans toute la region, la derniere machine venait de partir sous mes yeux... Satanee grippe !
 

OCP ART STUDIO


A l’epoque de mon Amstrad CPC, le piratage etait une pratique courante pour se procurer des logiciels en quantite. Les seances de copie etaient alors rythmees par la succession de pages de codes hexadecimaux de Discology.


Par le biais des petites annonces, j’avais ainsi fait la connaissance d’un contact qui avait la chance d’etre lui-meme en relation avec un groupe de crackers qui l’approvisionnait gracieusement et de facon reguliere. Autant dire que je pratiquais l’echange avec lui des que l’occasion m’en etait donnee. Mais le petit fute etait plutot dur en affaire puisqu’il pratiquait la regle stricte et intransgressible d’un jeu pour un jeu.


Du fait de ses connexions privilegiers dans le milieu pirate, il etait evidemment tres difficile de degoter des logiciels qu’il n’avait pas deja. J’avais alors trouve un moyen astucieux d’attiser tout de meme son interet et sa convoitise grace aux innombrables listings publies dans les magazines que je saisissais patiemment.


Par soucis d’authenticite et d’excellence dans mon ouvrage de faussaire, je realisais rapidement (et assez naivement) une image de presentation sur OCP Art Studio et le tour etait joue !


Bien entendu, afin de rester credible, je lui presentais ces jeux comme des nouveautes commerciales totalement inedites... A margoulin, margoulin et demi !



 




SORCERY


A l’epoque, aucun utilisateur d’Amstrad CPC qui se respectait ne pouvait faire l’impasse du celebre Sorcery tant ce jeu etait emblematique de la petite machine 8 bits.


Il faut dire que graphiquement, c’etait vraiment tres reussi, ce qui lui avait valu de se propager sur les disquettes telle une trainee de poudre.


Son concept reposait sur l’exploration d’un univers fantastique constitue d’un labyrinthe de multiples ecrans interconnectes par des portes. Bien decide a venir a bout du jeu, c’est, une feuille de papier quadrillee sous le stylo, que je decidais d’en edifier le plan. Plein de courage, je m’attelais a la tache consciencieusement, reperant chaque emplacement de chaque porte et leur correspondance. Pourtant, etrangement, plus je progressais dans mes croquis, moins ils s'averaient coherents... Et malgre de multiples tentatives, rien a faire, le plan etait a chaque fois errone.


Ce n’est que bien des annees plus tard, internet aidant, que j’ai compris qu’il etait pratiquement impossible de construire un plan logique et rationnel de Sorcery car les connexions entre les differents lieux etaient volontairement anarchiques.
 
DARK POWER


Je me suis toujours refuse a l’achat de copies pirates, preferant reserver le peu d’argent de poche que j’economisais aux quelques rares originaux que ma convoitise ardente me poussait a acquerir par la voie legale.

Cependant, je dois bien avouer que l’echange de disquettes constituait ma source principale et abondante d’approvisionnement de logiciels. A l’epoque de mon Amstrad CPC6128, j’avais un ami, Olivier, qui, par je ne sais quel moyen - ou contact -, parvenait a recuperer une flopee de jeux recents chaque semaine. J’avais pour habitude de l’appeler une fois par mois afin de caller un rendez-vous entierement dedie a Discology. Mais pour pratiquer l’echange, il faut avant tout avoir quelque chose a echanger, une nouveaute que l’autre n’a pas deja... Et sur ce point-la, j’eprouvais parfois une certaine carence. Alors pour attiser l’interet de ce fameux copain, je les elaborais moi-meme, en saisissant a la sueur de mes doigts les interminables listings qui fleurissaient dans les magazines de la presse specialisees. J’allais meme jusqu’a dessiner des ecrans d’introduction sur OCP Art Studio pour que la supercherie passe totalement inapercue. Et cela fonctionnait ! Je me souviens plus particulierement de Dark Power, un shoot’em up paru sous forme de listing de 11 pages dans le Micro Mag HS 2 d’Aout 1989, et pour lequel j’avais elabore une image de presentation a partir de celle de Cybernoid 2.

J’avais tellement bien vendu l’affaire au telephone, en vantant outre mesure autant ses qualites que sa rarete, que j’avais reussi a decrocher une entrevue dans la semaine. Je n’ai jamais su si mon pote etait conscient de ma petite imposture ponctuelle... Il faut dire que sa gentillesse etait telle qu’il n’aurait, j’en suis persuade, rien dit de toute maniere.




 







BACTRON


Lorsque j'avais interviewe Vincent Baillet, Laurant Weill et Bruno Masson pour un article sur BACTRON de Loriciels, nos trois sympathiques comperes avaient eu l’extreme gentillesse de me confier quelques anecdotes croustillantes. Je vous les livre ci-dessous :

Vincent Baillet : Chez Loriciels, il y avait un salarie qui se chargeait notamment des achats de fournitures et materiel. Un jour, pour s’amuser, nous lui avons demande de nous ramener de l'encre pour stylo optique. Il a fait plusieurs magasins et est revenu, tout penaud, en avouant qu'il n'en avait pas trouve... Sur CPC, on pouvait afficher jusqu’a 16 couleurs simultanement a l’ecran grace a son Mode 0. Taquin, Pascal Jarry avait fait croire a Bruno Masson que la machine etait en realite capable d’en afficher 32 mais que je ne voulais deliberement pas lui laisser cette possibilite. Bruno l’a cru et m’a fait la tete pendant un bon moment !


Laurant Weill : Il arrivait parfois que nos clients nous rappellent lorsqu’ils rencontraient des difficultes avec nos logiciels. J’ai encore le souvenir de quelques echanges telephoniques plutot fleuris. Un jour, l’un d’entre eux nous contacte au sujet de notre traitement de texte Evolution. Il nous explique qu’il ne parvient pas a imprimer son texte sauvegarde sur disquette. Apres 1 heure passee en vain au telephone a essayer de configurer l'imprimante, nous lui demandons finalement de nous faire parvenir une copie de ladite disquette dans le but d’analyser le fichier contenant le texte. Quelques jours plus tard, nous recevions une (photo)copie de la disquette... en noir et blanc qui plus est ! Un autre client, tres enerve, m’avait serieusement enguirlande au telephone car son jeu Commodore 64 « ne fonctionnait pas ». Apres maintes recherches et manipulations, je lui explique qu’il suffit d’appuyer sur F4 pour lancer la partie. Malgre la simplicite de l’operation, rien a faire, le jeu refusait obstinement de se lancer. J'ai finalement compris que depuis 2 jours il appuyait simultanement sur les deux touches « F » et « 4 »... Pour en revenir au manuel de Bactron, je me revois encore l’ecrire.


Bruno Masson : «Quant a moi, je peux vous reveler l'existence d’un incroyable scanner utilise pour numeriser les dessins du jeu Bob Winner, qui etait en realite un savant bricolage compose d'une fibre optique mobile adaptee sur une structure en Lego. A l'epoque les scanners ne couraient clairement pas les rues et cet ingenieux dispositif maison avait ete bidouille par un programmeur externe a Loriciels. De memoire, celui qui avait cree l'Aigle d'or (Louis-Marie Rocques). En ce qui me concerne, j'ai effectivement ete le tout premier graphiste embauche en tant que salarie chez Loriciels en 1985. Puis je suis devenu Directeur Artistique au bout d'un an ou deux. Je me suis alors entoure d'Yvan Gaidon, puis de Marc de Flores avant de quitter le milieu pour faire completement autre chose, mais toujours dans le domaine de l'illustration.


Enfin, aussi incroyable que cela puisse paraitre, il faut savoir qu’un medicament contemporain du nom de Bactron existe reellement ! Se presentant aussi bien sous la forme de cachets que de suspension buvable, cet antiseptique a base de Sulfametoxazolet de Trimetroprim semble par ailleurs plus tenir de l’elixir miraculeux que du reel remede… Pour s’en convaincre, il suffit de lire les indications d’utilisation sur la boite qui mentionnent qu’il s’agit d’un bactericide a large spectre efficace contre les agents pathogenes courants, les infections du systeme urogenital male et femelle telles que la cystite, la pyelonephrite, la prostatite et la gonorrhee (comprendre la chaude-pisse), mais aussi contre les infections des voies respiratoires comme la bronchite, la pneumonie, l'amygdalite, l’angine, la sinusite, la pharyngite. Et ce n’est pas tout ! Il soigne egalement les infections gastro-intestinales telles que l’enterite, la dysenterie bacillaire, la fievre typhoïde, la paratyphoïde et les infections cutanees comme la pyodermite, les furoncles, les abces, les plaies infectees, ainsi que toutes les septicemies et autres infections a germes sensibles... Alleluia !
 
DOMINATOR


Chaque ete, avec mes parents, nous avions pour habitude de louer une maison de campagne en Haute-Loire pour passer de bucoliques vacances scolaires. Et cet ete 1990 ne faisait pas exception.

A cette epoque, je venais tout juste de passer sur Amiga.
Shadow of the Beast, Nord & Sud, Sword of Sodan et autre Hybris avaient ainsi deja bien emousse le souvenir de mon Amstrad qui s’estompait toujours un peu plus a chaque nouveau jeu 16 bits que je testais...

Pourtant, lorsque mon frangin, de 14 ans mon aine, a deboule a l’improviste un beau matin dans la demeure rustique avec un CPC 6128 couleur sous le bras, je n’ai pu m’empecher de ressentir a nouveau un certain attrait pour la machine aux gros pixels bigarres.

Il faut dire qu’elle etait accompagnée d’un bon petit paquet de disquettes 3 pouces originales ainsi que d’une interface de hacking de type Multiface II.

Sans perdre un instant, j’allumais l’Amstrad, branchait la Multiface sans vraiment trop savoir qu’en faire et fouillait parmi les nombreux jeux commerciaux un titre qui pourrait s’averer digne d’interet.

Ma main s’arreta sur un certain "Dominator" : un shoot’em up que je n’avais pas eu l’occasion de connaitre sur mon propre CPC.

Dote de graphismes organiques plutot reussis et proposant un challenge a la hauteur des attentes d’un gamer chevronne, le jeu de System 3 est plutot chouette.

Un coup vain de Discology me fait helas rapidement comprendre que sa protection ne pourra etre defloree par le celebre utilitaire de copie... C’est a ce moment que mes yeux se portent sur le mysterieux boitier de Romantic Robot : La Multiface II !

Ce dispositif avait en effet la capacite, par un simple appui sur un bouton, de figer le jeu en cours et de permettre sa sauvegarde sous forme d’un seul gros fichier binaire d’environ 40 Ko. En fait, ce fichier contenait l’integralité de la RAM du CPC au moment de l’appui sur le bouton. Il etait alors possible de recharger ce fichier via la Multiface II pour relancer la partie exactement la ou on l’avait laisse. Pratique pour realiser des savestates a tout moment, et cela meme dans les jeux qui ne le permettaient pas a la base !
Agissant tel un dongle de protection, la seule condition pour pouvoir exploiter ce gros fichier etait qu’il fallait imperativement que la Multiface II soit connectee au CPC. Ainsi, totalement inexploitable sans la presence de cette interface, sa diffusion sur disquette s’averait denuee interet...

Une execution par la commande RUN menait de toute facon vers un reboot ineluctable de la machine. Bref, a ce stade, la copie de ce jeu semblait plutot mal engagee.

C’est a ce moment que j’ai tente un truc totalement desespere, voire meme insense... un veritable coup de poker.

Sans conviction aucune, j’ecris un petit loader en BASIC de quelques lignes seulement dans lequel je demande au CPC de charger le gros fichier binaire en memoire par un LOAD, que je rappelle avec un CALL suivi d'une adresse memoire totalement aleatoire. Et la, surprise, le jeu se lance... sans la presence de la Multiface II !!!

Je venais de « cracker » Dominator sans trop savoir comment j’avais fait, lol !
Seul petit soucis, le HUD en haut de l’ecran ne s’affichait plus. Mais qu’importe, les informations etaient toujours la et le jeu etait jouable !
Inutile de dire que dans la minute qui suivi, je copiais mon ouvrage sur plusieurs disquettes vierges taguees "Cracked by TITAN" afin que mon frangin puisse le distribuer.

Je ne sais, a ce jour, si ma version de Dominator s’est propagee dans les reseaux pirates. Devenu alors Amigaiste, je ne l’avais helas pas conservee a l’epoque non plus. Mais si par le plus grand des hasards, c’est le cas, je serais ravi d’apprendre que mon bidouillage de cette epoque reculee a un jour trouve une autre terre d’asile.

 


Eric Grenier




Eric Grenier




Pub pour BASE 4 dans Amstrad Magazine 01

LES TRESORS CACHES DU SIAM


Il faisait un soleil de plomb ce jour-la. L’atmosphere gorgee d’humidite qui nous ecrasait etait presque palpable et les quelques degres orphelins que nous avions laisse en France s’etaient litteralement decuples sous le soleil cuisant de la Thailande. Le circuit organise que nous avions rejoint en amoureux, ma douce et moi, afin de partir a la decouverte de cet envoutant pays laissait alors envisager un sejour riche de mythes et d’histoires. L’une d’elle, inattendue, allait d’ailleurs retenir mon attention un peu plus que les autres...

Alors que nous sortions tout juste d’un abondant repas dont les succulents relents de sucre et de sel melanges si typiques de l’Asie caressent encore mes narines aujourd’hui, se tenaient en face de nous deux hommes echappes du groupe de touristes que nous etions et qui discutaient a batons rompus. Intrigue par la passion marquee qui alimentait ce debat, je tendais alors une oreille discrete mais interessee. Quelle ne fut pas ma surprise en decouvrant le sujet de ce dialogue anime : loin de toute consideration pedagogique sur l’histoire du pays generalement abordee en pareil contexte, l’avis des deux joyeux comperes divergeait tout simplement sur la date qui avait vu naître le premier ordinateur familiale !
Incapable de rester de marbre, Bouddha me pardonne, j’oubliais le but de ma visite un instant et prenais part a la conversation. Et autant dire que je n’allais pas etre decu du voyage, loin de la !

L’un des deux sympathiques acolytes, qui s’etait deja illustres au cours de notre periple par sa jovialite communicative et son obsession devorante pour les mets et plaisirs asiatiques les plus insolites, avancait des arguments etonnement justes et precis. Des reperes temporels rigoureux et de nombreuses marques de micro-ordinateurs plus obscures les unes que les autres sortaient de sa bouche avec une telle aisance que je n’ai pu me contenir de lui demander d’ou lui venait une telle culture videoludique. Sa reponse tomba comme un couperet, fendant le peu de souffle que le climat ambiant daignait encore m’accorder :
" J’ai ete l’un des pionniers, si ce n’est le premier, dans la vente de console de jeux et d’ordinateur dans le Sud-Ouest de la France ! ".
En une phrase, tout etait dit. A plus de 12000 Km de l’hexagone, de Pix’n Love et du moindre retrogamer francophone, je trouvais encore le moyen de tomber sur l’un des acteurs clef a l’origine de la passion qui nous reunis ici meme, sur Amstrad Museum !

D’un naturel plutot curieux et irremediablement attire par la nouveaute, c’est en important pour la premiere fois en France quelques exemplaires de la Radofin (une console Pong sortie a la fin des annees 70) qu’Eric Grenier se hasarde a la vente dans le domaine naissant du jeu video. L’experience s’averant plus que concluante, puisque son stock se volatilise en quelques jours, il decide alors de se lancer plus serieusement dans l’aventure en montant sa propre enseigne BASE 4 dans la ville de Pau. Ainsi, c’est en cotoyant regulierement les plus grands du milieu, tels que la celebre Marion Vannier d’Amstrad France par exemple, qu’au fil du temps Eric fait defiler sur ses etageres machines et logiciels. Du ZX-80 a l’Amiga en passant par l’Amstrad, de Pong a Civilisation, du Paddle au Joystick, c’est toute l’essence de l’age d’or de l’informatique qui vient s’epancher dans le petit magasin.

Autant dire que la suite de la conversation fut nourrit de nombreuses anecdotes authentiques et insolites. Comme cette fois ou, persuade d’avoir passe commande de douze TI-99/4a, le livreur se presenta devant sa porte avec une remorque contenant pas moins de 144 machines ! Il y avait eu comme un leger malentendu lors de la commande, son interlocuteur ayant compris qu’il en desirait douze douzaines ! Veritable casse-tete pour entreposer une telle quantite de materiel, le prejudice etait d’autant plus grand que la machine etait en fin de vie et devait meme subir une baisse de prix consequente dans les semaines qui allaient suivre. Mais le fervent defenseur d’Atari trouvait rapidement une parade. En effet, afin d’ecouler jusqu’a la moindre machine tout en conservant sont tarif initial, il a tout simplement adjoint divers logiciels et peripherique peu onereux afin de constituer des bundles attractifs qui se sont vendus jusqu’au dernier !

Si c’est avec une joie evidente qu’Eric evoque aujourd’hui ses souvenirs, il n’en retire cependant aucune nostalgie vibrante. D’une nature dynamique, il considere cette periode comme un beau chapitre du grand livre de sa vie active, mais dont les pages sont definitivement tournees. Enchainant par la suite differents metiers, il est aujourd’hui chauffeur de taxi a Pau. Alors si d’aventure vous deviez recourir a ses services, soyez certains que c’est avec plaisir et malice qu’il se pretera volontiers a un petit quiz sur l’informatique d’antan, le temps d’une course...
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